Entête La lettre du Psy
6 juin 2006 -- Volume 10, No 3
ISSN 1481-1340



Le stress et les examens

Contenu :


Séparation
 
    Chers lecteurs, chères lectrices,

Nous avons l’occasion, ce mois-ci, de vous faire découvrir un nouvel auteur !
Gilles Lussier, psychologue spécialisé en Auto-développement, nous offre un article portant sur le stress et les examens. Gilles pratique au service d’aide psychologique offert aux étudiants de l'École Polytechnique de Montréal.

Traitant le sujet du point de vue des examens scolaires, cet article s’applique à toute personne se retrouvant en situation d’évaluation de ses performances. Gilles démontre comment nos perceptions individuelles déterminent notre niveau de stress. En fait, il nous présente trois dimensions différentes de nos perceptions qui influencent notre niveau de stress :

    1. Notre perception d’une menace (risque d’échec) et de ses conséquences
    2. Le fait que cette menace soit prévisible ou non
    3. Le contrôle que nous pouvons avoir pour éviter cette menace
Notre stress peut provenir de l’une ou l’autre de ces perceptions ou d’une combinaison de deux ou encore des trois réunis. En identifiant lesquelles nous concernent, nous pouvons prendre des moyens concrets pour le réduire. Par exemple, si notre stress provient du fait que nous ne pouvons déterminer le niveau de risque d’échec (#2), nous pourrons diminuer notre niveau de stress en recueillant de l’information nous permettant de mieux évaluer ce risque.

Les moyens utilisés pour réduire notre stress seront certainement plus efficaces si nous avons bien pris soin d’en identifier la cause. C’est donc en modifiant nos perceptions à l’origine de notre réaction de stress que nous pouvons réduire cette dernière. Cela nous permet de s’attaquer aux causes réelles de notre réaction qui, fidèle à l’Auto-développement, est considérée comme un symptôme.

Nous souhaitons que cette lecture vous offre des pistes de réflexion fructueuses.

Ceux qui se sentent concerné par le sujet, pourraient être intéressés de savoir que nous avons un livre-audio intitulé « Le stress : comment le gérer sainement ?»

Prochains numéros :

L'annonce de notre nouveau service sur la toxicomanie a suscité pas mal de réactions parmi nos lecteurs. Des témoignages nous sont parvenus et nous envisageons de consacrer un des numéros à venir à ce sujet. Nous vous invitons à communiquer avec L'équipe de Red si vous vous voulez que des sujets précis soient abordés.

Vous avez des questions à poser à Jean-Marc Beaudoin ? N'hésitez pas à nous les envoyer à l'adresse suivante : commentaires1d@redpsy.com

Malgré le retard pris pour la publication de cette lettre, vous recevrez le numéro suivant avant nos vacances d'été !
Vous y trouverez le troisième article de Gaétane Laplante sur les abus : « Comment se libérer des traumatismes causés par les abus… ».

    Bonne lecture !

    L’équipe de La lettre du Psy

Séparation
 

Le stress et les examens
Par Gilles Lussier,
psychologue spécialisé en Auto-développement.


Introduction

1. Les manifestations du stress

2. Les perceptions subjectives influençant le niveau de stress
    a) Une menace
    b) La prévisibilité de la menace
    c) Le contrôle sur la menace
3. Comment gérer son stress
    a) Diminuer les appréhensions face à la performance
    b) Confronter les idées irréalistes
    c) Vérifier la prévisibilité
    d) Développer les habiletés de gestion du stress
Conclusion


    Introduction

    Dans nos sociétés qui valorisent la performance, très peu de personnes échappent de nos jours aux effets du stress dans leur vie. Souvent, les causes en sont très clairement identifiées, parfois elles sont moins apparentes, plus insidieuses.

    Dans le cas des situations les plus évidentes où nous nous attendons à vivre du stress, nous retrouvons celles où nous devons faire face à une évaluation de nos performances, par exemple dans les domaines sportif, artistique, ou lorsqu’il faut s’adresser à un public. Afin d’en examiner plus attentivement les manifestations pour en tirer des pistes de solutions, nous aborderons ici les phénomènes reliés aux stress dans les situations d’évaluation importantes, soit celles des examens.


        Stress [stres] nom masculin (mot anglais).
        Ensemble de perturbations biologiques et psychiques
        provoquées par une agression quelconque sur un organisme.
        (Larousse)

    De quel stress parle-t-on ?

    Il faut tout d'abord savoir de quoi on parle lorsqu'on fait référence au mot « stress ». En général, on s’entend pour dire que ce qu'on nomme « le stress », en lui-même, n’est pas nocif. Il en faut pour faire face aux demandes d’adaptation de notre environnement, que celles-ci proviennent autant de l’extérieur (nos obligations, des relations interpersonnelles, etc.) que de l’intérieur (les exigences de notre discours interne).

    Toutefois, lorsqu’on se plaint de ses manifestations on fait plutôt référence à ce que Jean Garneau définit comme : « … l'état de tension chronique (à la fois physique et psychique) qui découle d'une façon inadéquate de gérer la pression (psychique) pendant une période prolongée. » . (Voir : « Le stress : causes et solutions » par Jean Garneau, psychologue )
    Dans son article, il mentionne plusieurs ingrédients nécessaires pour créer un stress :

    Il faut :
      1. une situation comportant de la pression ;
      2. pendant une période prolongée ;
      3. une façon inadéquate de réagir à cette pression.

    En effet, il a été constaté qu’il n’y a pas de problème pour un organisme à faire face à des pressions, même importantes, si :

      1. Il parvient à diriger son énergie dans une réponse organisée adéquate pour lui permettre faire face à la situation d’adaptation ;
      2. Il s’en suit une période de résolution des tensions afin de reprendre des forces.

    Dans ces conditions, on ne vit pas ces moments intenses comme du stress, mais on parle plutôt de plaisir, de vie excitante (de "performance" !).

    Quel genre de pression engendre donc le stress ?

    La pression psychique nécessaire pour engendrer le stress est d’abord une réaction psycho-physiologique devant une urgence. Par exemple, lorsque l’on fait face à une évaluation inopinée, comme lorsqu’un professeur vous pose une question en classe à l’improviste alors que vous étiez distrait. Mais le danger n’est pas toujours aussi soudain et les menaces aussi directement évidentes.

      Matthieu vit beaucoup de stress, malgré qu’il ait eu amplement de temps pour se préparer à ses examens et qu’il en possède bien la matière. L’expérience lui a démontré qu’il fait régulièrement des erreurs d’inattention et que, souvent, il n’arrive pas à terminer l'épreuve à temps.



    1) Des manifestations variables aux stress

    Nous observons également des variations dans la nature et dans l’intensité des manifestations de stress dans la situation du passage d'un examen. Ce ne sera parfois qu’une simple impression de vague inquiétude à la réception du questionnaire. Puis, à un niveau plus intense, de la difficulté à se concentrer, à réfléchir, qui s’accompagne souvent de symptômes physiologiques divers, qui eux aussi varient en fonction de l’intensité de la crainte de la personne : l'altération du rythme et de l’amplitude de la respiration, les serrements d’estomac, gorge nouée, sudation, tremblement, maux de tête, etc. À des niveaux extrêmes, les perceptions seront perturbées : les yeux se brouillent de points blancs ou noirs, les oreilles n’entendent plus qu’un bourdonnement sourd, etc. Ultimement, ces malaises pourraient culminer jusqu’à un évanouissement de la personne.

    Bien sûr, tout le monde n’est pas susceptible de s’évanouir au moindre examen. Alors, à quoi peut-on attribuer cette différence dans les réactions des gens soumis à la même situation ? D’autant que l’expérience de ceux qui sont passés par là montre que le niveau de stress, contrairement à ce qu’on pourrait attendre, n’est pas toujours en corrélation directe avec le niveau de préparation de la matière à l’examen, comme il a été montré dans l’exemple de Matthieu.



    2. Les perceptions subjectives influencent le niveau de stress

    Il y a quelques années on concevait le stress comme étant la réaction d’adaptation de l’organisme à des agents stresseurs objectifs. On a donc tenté de faire une nomenclature de ces stresseurs en leur attribuant un indice de stress : une critique valait « x » points sur l’échelle du stress, un divorce : « x », un nouvel emploi : « x », gagner à la loterie : « x » (oui, même un événement agréable peut être une source de stress), etc. En additionnant les indices associés aux événements stressants de la vie d’un individu, on était sensé en déduire son niveau de stress.

    On s’est toutefois, vite rendu compte que des individus qui vivaient les mêmes situations n’avaient pas du tout les mêmes réactions et pour certains, ils n’avaient même pas de réaction de stress apparente.

    C’est ainsi que la notion de perception subjective est apparue pour expliquer les variations dans l’intensité des réactions de stress chez les gens. Essentiellement, dans toutes situations, mais particulièrement celles où nous devons produire une performance, il y a trois perceptions subjectives qui jouent un rôle déterminant : (1) celle d'une menace, (2) de la prévisibilité de la réalisation de cette dernière et enfin (3) le contrôle que l'on peut exercer sur les facteurs qui nous permettent d'éviter cette menace.


      a) La perception d'une menace

    Il s’agit ici de notre propre perception de la menace ; qu’elle soit réelle ou imaginée par la personne importe peu ; dans la mesure où la personne croit en la possibilité de la réalisation d’une telle éventualité, elle se sentira menacée. Dans le cas qui nous occupe, dans les situations d’examens scolaires, les fantaisies sur les risques qu’on encourt si notre performance n'est pas à la hauteur des attentes (les nôtres ou celles de l’entourage que nous faisons nôtres) sont légion.

    Citons parmi les plus évidentes : obtenir une contre-performance (réussir en deçà de nos capacités réelles et de notre préparation ) alors qu’on a investi beaucoup d’efforts est très décevant, car nous ne serons pas récompensés pour notre peine ; puis, il y a les conséquences objectives : l’impact sur notre moyenne et parfois le risque d’échec avec ce que cela suppose d'aménagements : temps pour reprendre le cours, argent, retard dans le programme ; à la limite, l’exigence de revoir son orientation vocationnelle, etc. Toutes choses auxquelles nous aurons à faire face et qu'on peut facilement anticiper si on rate son coup.

    Il y a cependant d’autres craintes qui sont plutôt de l’ordre des appréhensions : des fantaisies qu’on entretient sur ce qu’impliquerait une contre-performance. Ici, se manifesteront les attitudes et les croyances de la personne, influencées par son histoire personnelle où se mêleront des pensées réalistes et irréalistes sur les enjeux liés à sa performance. Par exemple, les conclusions qu’on pourra tirer de ses difficultés à un examen comme étant le reflet de nos capacités à rencontrer les exigences d’un programme : " Ai-je le calibre nécessaire pour entreprendre et réussir des études de ce niveau ? ", ou de notre incapacité à contrôler nos symptômes de stress dans les examens futurs : " Vais-je encore faire des erreurs parce que je n’arrive pas à surmonter ma nervosité ? ".

    Au-delà des menaces strictement liées aux conséquences dans le domaine de l’évaluation scolaire viennent parfois s’ajouter des enjeux liés à l’évaluation de soi, à l’estime de soi et à l’impact que ces contre-performances auront dans nos relations avec les autres. À titre d’exemple, mentionnons le cas de ceux pour qui les études ont pour objectifs, non seulement de fournir les moyens d’accéder à une carrière intéressante, mais également (et surtout !) de servir de critère pour évaluer leur valeur comme personne. Ou encore, lorsqu’il est difficile d’envisager l'échec pour éviter de décevoir l’entourage.

    Il est évident que plus les conséquences de ces menaces sont grandes, plus on devrait s’attendre à une réaction intense de la personne. Toutefois, la présence de ces menaces, aussi grandes soient-elles, ne permet pas de prédire les réactions au stress, de cette personne. Certains s’en trouveront d’autant motivés et n’en seront que plus productifs. Aussi, quant à savoir s’il s’agira d’une réaction de stress disruptif (qui nous fait perdre nos moyens) ou plutôt d'un trac stimulant et productif qui améliorera la performance, il faudra prendre en compte deux autres perceptions.


      b) La prévisibilité de la menace

    Il s’agit ici de notre perception de la prévisibilité de la réalisation de cette ou de ces menaces. Il est plus facile de demeurer calme lorsque nous pouvons prévoir à quel moment la menace risque de se réaliser, que lorsqu’elle peut survenir sans qu’on n’ait pu la prévenir.

    Si on ne sait pas quand aura lieu un contrôle ou sur quoi portera cet examen, ni comment il sera noté, cela risque d’être beaucoup plus inquiétant et de nous maintenir en situation de tension constante. Cependant, même lorsque l’enjeu est très important, si nous pouvons savoir d'avance ce qui nous mettra en danger, il sera plus facile de se détendre en dehors de l’apparition de ces signes observables de l’éminence d’un danger. Par exemple : il est plus facile d'être calme lorsqu'on sait ce qui risque de nous attirer des critiques de notre patron ou pour quelle raison notre conjoint(e) risque de nous quitter, que si nous sommes susceptibles d'être blâmé ou abandonné à tout moment, sans trop savoir ce qui pourrait nous attirer une telle réaction de l'autre.
    Il en est de même pour la possibilité de prévoir dans quelle situation nous sommes susceptibles d’avoir une mauvaise prestation à un examen. Aussi, cette épreuve est bien difficile pour ceux qui, de façon intermittente, ont des réactions d’anxiété qui interfèrent avec leur performance. Sans qu’ils puissent les prévoir, ces malaises risquent à tout moment de leur faire commettre des erreurs, et cela, comme pour Matthieu, quel que soit leur niveau de préparation à cet examen. L’éventualité que des symptômes d’anxiété viennent tout compromettre les maintient dans un état d’appréhension plus ou moins permanent. Des conditions propices au développement de stress.

    Mentionnons au passage qu’il est utile de distinguer les symptômes d’anxiété qu’on confond souvent avec les manifestations de stress plus ou moins intenses expérimentées lors des examens. Les deux phénomènes n’ont pas les mêmes causes et par conséquent pas les mêmes solutions (référez-vous aux articles :
    « L’anxiété et l’angoisse » et « Le stress » de la « Lettre du psy ».


      c) Le contrôle de la menace

    La troisième perception cruciale dans le déclenchement d’une réaction de stress est l’impression de contrôle que nous avons sur les facteurs susceptibles de nous permettre d’éviter la réalisation de la menace. Peu importe que ce soit « vital » pour moi de réussir et que je ne sache sur quoi portera la matière du prochain examen si je sais qu’on m’allouera suffisamment de temps pour l’étudier et que, par expérience, je sais que ma préparation est efficace. Mon stress sera alors susceptible d’être parfaitement gérable et productif. Toutefois, si malgré une bonne préparation, mes difficultés passées me portent à croire que je suis tout de même susceptible d’avoir des attaques de panique qui m’empêcheront de donner mon plein rendement, je risque de vivre une inquiétude constante. D’où des symptômes de stress plus ou moins importants. Dans le même ordre d’idées, si lorsque ces attaques de panique se produisent, j’ai développé des stratégies pour les maîtriser efficacement au point de pouvoir retrouver mes facultés, l’inquiétude en sera d’autant diminuée et par le fait même, les symptômes de stress.


    3. Comment gérer son stress

    Les réactions d’une personne face à un contexte d’évaluation varieront en fonction de son éducation, de sa personnalité, de ses valeurs et attitudes, ainsi que de son histoire et de ses expériences d’échecs ou de succès antérieurs. Tous ces facteurs influenceront ses perceptions subjectives (personnelles) quant a) aux menaces qu'il encourt, b) à la prévisibilité qu'elles se réalisent et c) de sa capacité d'éviter ces conséquences par le contrôle mis en oeuvre pour répondre adéquatement au défi.

    Il est possible d’agir sur ces importants facteurs de stress que sont nos perceptions de ces trois aspects. Nous pouvons nous y référer d’abord pour évaluer et dépister des causes à nos réactions de stress. Une fois identifiés, il sera plus facile d’intervenir afin de modifier concrètement les facteurs à l’origine de ces perceptions.

    Comment tenir compte de nos perceptions ? Voici quelques exemples :

    a. Diminuer les appréhensions face à la performance :

    Pour diminuer les appréhensions reliées aux enjeux de la performance (menace(s)) : vérifier les conséquences réelles d’une contre-performance. Est-ce que je vais objectivement (par le calcul de la moyenne exigée) avoir un échec ? Aurais-je nécessairement à l'avenir des difficultés dans ce cours, dans cette matière ? Aurais-je toujours un stress insurmontable aux examens ? Est-ce que mes parents vont nécessairement être déçus par moi si je ne continue pas dans ce programme d’étude prestigieux ?

    b. Confronter nos idées irréalistes :

    Dois-je obligatoirement connaître "toute" la matière, ne "jamais" avoir de moment de panique ou finir avant l’heure pour bien réussir ? Dois-je "absolument" ne jamais avoir d’échec ; réussir ce cours ; ne pas décevoir quiconque pour être apprécié ? Est-il "vraiment nécessaire" d’être parmi les premiers, de graduer dans telle profession, de ne jamais remettre en question un choix pour être quelqu’un ? Pour être heureux ? Bref, sommes-nous "idiot" parce qu’on n’a pas bien réussi à un examen ?

    c. Vérifier la prévisibilité des menaces :

    Obtenir de l’information sur ce qui pourrait entraîner une menace (prévisibilité): vérifier quelle en est la nature, ce qui pourrait en être une réponse adéquate pour éviter les conséquences fâcheuses, ce à quoi sont dûes mes difficultés : fatigue, mauvaise préparation, méthodes d’étude, gestion de temps, concentration, manque de motivation, anxiété/panique, etc.

    d. Développer nos habiletés de gestion de temps :

    Développer nos habiletés de réponse efficace (contrôle) :

      a. se donner des conditions de facilité (prévoir du temps et disposer du matériel nécessaire, chercher de l’aide au besoin, développer des méthodes d’étude efficaces et des stratégies de passage des examens, etc.)
      b. s’assurer que notre organisme soit dans les meilleures dispositions pour donner son rendement optimal : être en bonne santé, reposé, libre de préoccupations urgentes, etc.


Conclusion
    Le jour où nous sommes envahis par les symptômes du stress, il est utile d’explorer nos perceptions subjectives afin d’identifier plus justement nos options et d’orienter efficacement nos actions.
    Il deviendra plus facile alors de savoir que notre tension résulte :

      - de grandes craintes que nous pourrons analyser pour en vérifier le bien-fondé (menace),
      - d’un manque d’information qui nous permettrait de prédire ce qui nous attend (prévisibilité),
      - de ressources, d’habileté, etc. qui nous font défaut pour éviter ce qu’on craint (contrôle).

    Cette analyse nous indiquera si nous pouvons faire quelque chose pour éviter les facteurs aggravants en prenant des actions efficaces, parce que mieux ciblées, sur les sources de stress. Ou alors, s’il n’y a rien qu’on puisse faire de mieux, il faut accepter de faire face aux conséquences dans une attitude de " lâcher-prise " afin de s’adresser efficacement aux aspects qui nous inspirent cette (ces) menace(s).

    Des suggestions pas toujours simples à mettre en pratique. Toutefois, ce qui facilite les choses, c’est que la plupart du temps les sources de tension susceptibles de créer un stress important sont celles auxquelles nous sommes exposés régulièrement ou celles auxquelles nous sommes plus sensibles. Nous finissons donc assez rapidement par reconnaître des constantes dans notre vie et développer des réponses efficaces à ces sources de stress.

    Néanmoins, si malgré tout rien n’y fait, et que votre analyse se termine par des conclusions qui commencent par la formule : « il faut absolument que… », il y a de fortes chances pour que vous soyez aux prises avec un phénomène d’évitement. Par exemple, on fait de la « fuite dans le succès » pour échapper à toutes ces conséquences qu’on ne saurait envisager d'affronter. Vous seriez alors sujet à faire ce que l’on appelle
    « l’anxiété de performance ».

    Dans le prochain article, nous aborderons les particularités de ce phénomène qui nous paralyse lors des grands moments, particulièrement lorsque ça compte et qu’on n’a pas le droit à l’erreur. Nous verrons les mécanismes qui amènent même les meilleurs à « perdre leurs moyens » quoi qu’ils fassent pour se détendre ou se préparer. Et pourquoi aucune visualisation positive, ni les stratégies d’usage (du genre : « oublie tout, amuse-toi ! ») ne leur permettent de donner le meilleur d’eux-mêmes dans les grands moments. Nous démontrerons comment bien souvent les stratégies habituelles, paradoxalement, contribuent au problème. Enfin, à partir de cette compréhension nous vous proposerons des façons d’échapper aux fuites sous-jacentes à l’origine des manifestations de l’anxiété qui perturbent les performances.

    En attendant, à défaut de stratégies plus élaborées, vous pouvez toujours prendre de bonnes respirations profondes. C’est une technique qui a fait ses preuves; sinon pour nous détendre, du moins, pour nous garder vivants.


    Vous avez des questions à nous poser à propos de cet article ?
    N'hésitez pas à les envoyer à commentaires1d@redpsy.com



    Présentation de l'auteur

    Gilles Lussier

    Gilles Lussier est psychologue et psychothérapeute depuis vingt ans. Il a obtenu une maîtrise ès Art en psychologie de l'Université du Québec à Montréal en 1986.

    Depuis la fin des années 80 jusqu’au milieu des années 90, il été formé dans l'approche de l'Auto-Développement avec Jean Garneau et Michelle Larivey et leurs collaborateurs.

    Il a travaillé en clinique externe d’hôpital dans des approches cliniques variées en psychologie et auprès de clientèles diverses.

    Depuis 1988, il travaille comme psychologue à l’École Polytechnique de Montréal et aide les ingénieurs en formation à faire face aux exigences très élevées de leur programme d’étude autant sur les aspects reliés à leur orientation professionnelle, leurs problèmes personnels qu’au développement des habiletés d’apprentissages.



    Questions-Réponses
    Gilles Lussier répondra à vos questions concernant le stress et les examens dans une prochaine lettre du psy.
    Les réponses seront des informations applicables de façon générale et non des conseils individuels.
    Pour plus de détails, voir http:/www.redpsy.com/engarde.html sur notre site

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Pour aller plus loin sur la question




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À la suite des numéros 10-01 et 10-02 de la Lettre du Psy :


Vos questions autour des articles 1 et 2 sur les abus physiques, sexuels et psychologiques, et les réponses de Gaétane La Plante


Question 1.

    Les réactions de l’entourage face aux victimes d’abus parvenues à l’âge adulte

      Je reconnais chez un adulte d'âge mûr de mon entourage, qui a été victime d’abus sexuel, les comportements que vous décrivez : chercher à faire plaisir, ne pas se prendre en charge.

      J'ai l'impression d'une demande d'assistance permanente, imprécise et pesante, dont je ne sais que faire. Inviter la personne à se prendre en charge, à regarder le présent, qui est plutôt bon, au lieu du passé, semble augmenter sa douleur. Que faire d'autre, sinon l'éviter?

    Réponse :


    La difficulté qu’a cette personne à se dégager du passé pour mieux vivre le présent est probablement un bon indice d’une intégration non réussie de ce traumatisme. L’attitude que vous décrivez pourrait témoigner d’une demande indirecte d’être accueillie et comprise dans sa blessure. Mais votre seul accueil et celui de son entourage ne suffiront jamais à répondre à ses besoins de façon efficace ou à réparer les blessures du traumatisme d’abus. Seule une démarche psychothérapeutique permettrait à cette personne de se libérer de son passé pour arriver à profiter davantage de son présent.

    Donc, si vous avez un lien intime avec cette personne, vous pourriez lui conseiller d’aller consulter en psychothérapie pour lui permettre de sortir de sa position de victime. En attendant, votre seule alternative est de ne pas encourager ou supporter cette attitude de victime en ne la prenant pas en charge. Ce qui n’empêche pas, cependant, de faire preuve d’empathie lorsque cette personne a besoin d’être entendue dans son expérience d’abus.

    Vous pourriez aussi commencer par lui faire part de comment ses comportements gâtent pour vous le plaisir d’être en relation avec elle. Et à la limite, si cette personne ne montre pas de signes concrets de vouloir sortir de sa position de victime, l’option de couper le contact, est une alternative ultime possible.


Question 2.

    Peut-on avoir été victime d’abus, être épanouie sexuellement, et ne pas en vouloir à son abuseur ?

      Je me demande s'il est normal de ne pas en vouloir à mon abuseur, d'avoir malgré cela une vie sexuelle épanouie, et avoir l'impression que cela ne m'a pas fait souffrir outre mesure ?
      Par contre, j’ai des indices qui m’indiquent que ces abus ont eu un impact dont je saisis mal la portée. Je sais que mon corps, lui, a réagi : je suis obèse et je n’aime pas mon corps.


    Réponse :


    Les conséquences des abus que je décris dans mon dernier article sont d’ordre général. Il ne faut pas oublier que toutes les victimes ne subissent pas toutes les conséquences décrites et à un même degré.

    Dans le premier article, je décris également les éléments qui vont aggraver ou pas le traumatisme, tels sa durée, l’abus d’un étranger par rapport à celui d’un proche, le support ou l’absence de support du parent conjoint de l’abuseur, etc.

    Ne connaissant pas les contingences de votre expérience d’abus, il m’est difficile de me prononcer avec certitude si vous banalisez ou pas cette expérience. Il se pourrait peut-être que si votre expérience d’abus a été très occasionnelle et provienne d’un abuseur avec lequel vous n’aviez pas de lien important, il se pourrait également que le traumatisme subi soit moins sévère effectivement. De là, votre impression de ne pas en avoir souffert outre mesure pourrait être justifiée.

    De façon générale, ce que vous décrivez comme situation me paraît surtout accessible aux victimes qui ont réussi une intégration de ce traumatisme, surtout lorsqu’il s’agit d’une situation d’abus que l’on pourrait qualifier de sévère. Quoique, je n’aie pas souvenir dans mon expérience de psychothérapeute qu’une victime consciente de tout le tort causé par ces abus, puisse ne pas en vouloir à son abuseur. Ça me paraît possible seulement lorsque ces victimes sont inconscientes du tort subi, à moins que le tort subi ait été réellement minime.

    En ce qui concerne l’aspect d’une vie sexuelle épanouie, il serait sans doute utile de spécifier ce que vous entendez par ce terme. Pour ma part, ce type d’épanouissement est surtout lié à la possibilité d’avoir une vie sexuelle où il y a un véritable échange autant physique qu’affectif entre les deux partenaires. C’est l’aspect le plus difficile à développer pour des victimes d’abus qui ont surtout appris à être au service de l’abuseur.


    Question 3.

      Les conduites sexuelles sadomasochistes en lien avec les abus sexuels et le transfert.

        Peut-on relier les conduites sadomasochistes à une répétition de sévices subis. Et, dans ce cas, s'agit-il d'un transfert non résolu ?


    Réponse :


    Je ne crois pas que l’on puisse faire un lien direct entre les conduites sadomasochistes et les expériences d’abus sexuels. Dans mon récent article, je parle d’une hyper sexualisation comme conséquence possible d’un traumatisme d’abus. Mais cela ne sera pas nécessairement de type sadomasochiste, dans lequel le plaisir sexuel est associé à la souffrance physique. Je n’ai jamais rencontré dans ma pratique des victimes d’abus qui ont appris à jouir de leurs souffrances. J’ai surtout été témoin de victimes qui se coupaient de leur douleur par l’imaginaire. Il y aurait peut-être là matière à faire une nouvelle recherche?

    Dans ce cas, s’agit-il d’un transfert mal résolu ?

    Le peu d’éléments que vous me donnez me rend difficile la tâche de faire un lien entre les pratiques sadomasochistes et le transfert.

    Essentiellement, le transfert est une tentative naturelle et stéréotypée, souvent inconsciente, de répondre à des besoins fondamentaux (soit d’être reconnu, reconnu dans son identité distincte, reconnu dans son identité sexuelle) non satisfaits par les parents. Est-ce que certaines personnes pourraient rechercher la satisfaction indirecte de l’un ou l’autre de ces besoins par le moyen des pratiques sado-masochistes? Je n’en ai jamais été témoin dans ma pratique, mais ce n’est sans doute pas impossible.


    Question 4.

    Choisir d’être victime pour éviter ses responsabilités.

    La notion de responsabilité est l'une des plus difficiles qui soit, et accepter de reconnaître ses responsabilités est parfois difficile, voire impossible.

      Pensez-vous qu'il soit possible, dans certains cas, que des personnes choisissent explicitement le rôle de victime (et même qu'elles se disent victimes alors qu'aucun abus ne s’est avéré exact) seulement parce que c'est le seul rôle qui les dédouane de toutes les responsabilités qu'elles devraient prendre ?


    Réponse :


    Oui, je crois qu’il arrive bien sûr que des personnes choisissent, (je dirais plutôt inconsciemment que de façon explicite) de se placer dans le rôle de victime.

    J’ai observé dans ma pratique que ça se passe habituellement dans deux situations extrêmes :

    D’abord chez l’adulte qui a été surprotégé comme enfant. Il n’a pas appris à assumer ses besoins et à prendre ses responsabilités. Il continue alors de blâmer son entourage. Son niveau de résilience face aux défis et aux épreuves est plutôt faible.

    Dans l’autre extrême, il y a les personnes dont les besoins fondamentaux ont été répondus de façon minimale. Ces personnes devenues adultes ont beaucoup de difficultés à accepter de ne pas avoir eu les réponses légitimes à leurs besoins de sécurité et d’amour. Ils se battent souvent et longtemps avant d’accepter d’assumer comme adultes, cette responsabilité par rapport à leur vie.

    De plus, toutes les problématiques de toxicomanie, phobie, insomnie, certaines formes de migraine, etc., sont autant de façons de fuir ses responsabilités par rapport à sa vie.

    Comme vous le spécifiez au début de votre question, la notion de responsabilité est le défi de toute une vie, et chacun de nous avons nos symptômes favoris pour éviter d’y faire face à des degrés plus ou moins élevés.


    Question 5.

    Peut-on vraiment « se sortir » d’une expérience d’abus?

      Ça fait 4 ans que je suis en thérapie, j'ai 52 ans, je suis une victime d'inceste et victime d'un viol à 10 ans. À 48 ans, j'ai fait une dépression avec idée suicidaire. Vous croyez que l'on peut s'en sortir, que l'on peut retrouver le goût à la vie? J’ai de la misère à le croire.


    Réponse :


    Mon prochain article traitera de « Comment se libérer des traumatismes causés par les abus… ».

    Ça vous aidera sûrement à mieux comprendre quelles sont les étapes à franchir pour intégrer les traumatismes d’abus passés et développer les habiletés permettant de vivre une vie plus épanouissante.

    Je sais par expérience avec mes clientes, qu’il faut beaucoup de courage et de persévérance pour arriver à cheminer de façon significative dans cette voie. C’est pourquoi, un bon nombre abandonne avant d’être rendu au bout du chemin. Ils ne peuvent donc pas profiter pleinement des fruits possibles de leur démarche.

    Il est aussi important de frapper à la bonne porte. C'est-à-dire, de consulter des psychologues psychothérapeutes compétents dans le domaine. Quelques-unes de mes clientes ont essayé toutes sortes d’approches avant d’entreprendre leur démarche avec moi. Pour certaines, les avenues essayées ont même contribué à les blesser davantage. Car, les prétendus « thérapeutes » ont continué de les abuser au lieu de contribuer à les libérer.

    J’ai été témoin à plusieurs reprises chez mes clientes, d’une véritable libération face à leurs symptômes et aussi de leur capacité à prendre une meilleure distance émotive par rapport à ce traumatisme. La victime n’oublie pas ce qu’elle a vécu. Mais elle n’est plus paralysée par ce traumatisme et peut s’ouvrir davantage à d’autres intérêts, et au plaisir de vivre.




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Le stress
Comment le gérer sainement

Problème normal de la vie moderne, le stress afflige une majorité de personnes dans leur travail. On ne peut plus l'ignorer ou simplement le tolérer en attendant que la situation devienne moins exigeante. Les pressions ne disparaîtront pas: elles font partie de notre vie quotidienne "normale". Il faut maintenant apprendre à "gérer notre stress".

Les solutions classiques où on agit sur l'environnement (facteurs de stress) ou sur les symptomes (exercices de détente) sont rarement suffisantes. Mais en comprenant mieux d'où il vient et quels mécanismes l'engendrent, nous pouvons empêcher les pressions de provoquer chez nous un stress chronique et le cortège des maux physiques et psychiques qui viennent à sa suite. Le psychologue Jean Garneau explique comment.


Le texte est tiré de "L'enfer de la fuite"

Pour d'autres ouvrages du même auteur, voyez notre catalogue.
Couverture
Par Jean Garneau, psychologue humaniste.


Coffragants, 2004
ISBN 2-89558-195-9
durée 75 minutes, 18.95 $can



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