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Par Jean Garneau , psychologue Cet article est tiré du magazine électronique " La lettre du psy" Volume 2, No 1: Janvier 1998 | Avant d'imprimer ce document | Mise en garde | Autres articles | Même nos lecteurs de l'étranger savent probablement que le Québec a été affligé, à compter du 7 janvier, d'une tempête de verglas qui a duré plusieurs jours et a détruit une partie importante du système de distribution d'électricité dans la région de Montréal. Plus de la moitié de la population du Québec a été affligée par des pannes électriques prolongées. Et 12 jours plus tard, plus de 200,000 foyers sont encore privés d'électricité. La plupart d'entre eux n'ont aucun espoir de retrouver des conditions de vie "normales" (retourner vivre dans leur maison et réparer les dégâts) avant plusieurs jours. Je profite de cette douloureuse occasion pour vous communiquer quelques réflexions sur les possibilités de s'adapter au mieux à des situations de choc important. (Nos lecteurs qui n'ont pas été impliqués dans cette situation peuvent évoquer un deuil qu'ils ont subi ou une autre catastrophe physique ou psychologique de leur vie pour appliquer ce qui suit.) Bien sûr, l'impact d'un tel événement est différent selon l'ampleur des dégâts que chacun doit subir. Les personnes qui doivent vivre dans un centre d'hébergement pendant 3 semaines sont généralement plus affectées que celles qui ont eu froid pendant un jour ou deux. Mais il demeure que les différences les plus importantes sont liées à la personnalité de chacun. Certaines personnes semblent mieux s'adapter, moins souffrir de la situation et même y prendre un certain plaisir alors que d'autres, dans les mêmes conditions, apparaissent écrasées ou dévastées. Pourquoi ? Je veux vous communiquer mon point de vue à ce sujet. J'aimerais bien savoir s'il correspond à votre expérience et quelles dimensions il vous semble négliger ou surestimer. Vos commentaires seraient bien appréciés. D'après mes observations, les personnes qui s'en sortent le mieux sont celles qui passent le plus rapidement à travers les étapes typiques de la réaction de choc. Autrement dit, il me semble que les personnes qui opposent le moins de résistance aux diverses expériences normales de réaction au stress excessif sont celles qui trouvent les adaptations les plus satisfaisantes. Si cette hypothèse est juste, ça implique que nous pouvons nous aider nous-même en situation de stress extrême. Il suffit de laisser être en nous les réactions inévitables qui font partie de l'effort de notre organisme pour s'adapter. Il est en notre pouvoir de reconnaître ces réactions et de les accueillir. Pour cela, il est utile de connaître, en gros, les étapes à travers nous passons inévitablement. Ça nous permet de les reconnaître en nous lorsqu'elles apparaissent et nous laisse la possibilité de leur accorder volontairement la place qu'elles méritent. Ces étapes prévisibles, auxquelles chacun donne un style individuel sans en changer la nature essentielle, sont: le déni, la révolte, l'acceptation et l'adaptation créatrice. Plus nous favorisons l'épanouissement complet de chaque phase au moment où elle survient, plus nous contribuons à parvenir à la dernière étape, celle où on devient habile à vivre dans la nouvelle situation où nous sommes. Voici un résumé sommaire de ces quatre étapes. Le déni Notre première réaction est de refuser la catastrophe. Nous ne parvenons pas à y croire, nous imaginons que c'est moins grave qu'il ne semble, nous n'avons pas de réaction ou nous prenons la situation à la légère. Tout notre être refuse cette réalité inacceptable. La révolte Lorsque nous abandonnons le déni, nous passons à la révolte: nous continuons à refuser cette réalité, mais sur un mode agressif. C'est l'étape où on cherche des coupables, où on "engueule" tout le monde, où on trouve tout le monde incompétent ou inefficace. C'est aussi l'étape où on en veut "au ciel" de nous envoyer cette épreuve, où on proteste contre l'injustice de la situation, où on veut que "quelqu'un" nous dédommage. En somme, nous contestons vigoureusement cette réalité. L'acceptation Et après un certain temps, lorsque nos protestations nous ont permis de nous y préparer suffisamment, nous cessons de nous raidir contre cet événement. Nous consentons alors à en ressentir la réalité et l'importance. C'est à ce moment qu'on devient découragé, triste de ce qu'on a perdu, blessé par toute cette attaque à notre être. Nos sommes prêt à assimiler notre difficile destin, nous consentons à sa réalité et nous avons besoin d'en parler abondamment pour le digérer et nous en soulager. C'est l'étape où on est vraiment atteint par cette réalité. L'adaptation créatrice C'est seulement après la phase d'acceptation et d'assimilation que nous devenons capables de reprendre les choses en mains. À ce moment, nous cessons d'être victimes de la situation et redevenons actifs par rapport à notre bien-être et notre satisfaction. Nous trouvons des solutions, nous inventons de nouvelles façons d'assurer notre confort, nous éprouvons même un certain plaisir à maîtriser notre situation. C'est la dernière étape, celle où nous reprenons la maîtrise de notre vie grâce à nos ressources intérieures. De temps à autre, au cours de notre vie, nous avons à faire face à des pertes importantes: deuils, épreuves, revers. Si nous savons reconnaître ces étapes et y consentir pour les favoriser, nous arrivons plus facilement et plus rapidement à retrouver notre équilibre et à reprendre possession de notre vie. Si je reste bloqué à une étape et que, même en étant conscient de ce blocage, je ne parviens pas à la compléter, il est important de me faire aider. Autrement, le déséquilibre deviendra chronique et les problèmes s'aggraveront. Il est normal et souhaitable d'avoir des réactions fortes à chacune de ces étapes. Ces réactions servent à retrouver l'équilibre et il est dangereux de les retenir ou de les neutraliser. Mais si elles cessent d'évoluer, si elles s'éternisent, c'est l'indice d'un blocage. Une aide, même brève, permet souvent de trouver des solutions saines. Jean Garneau Janvier 1998 P.S.
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