Question: Quand l’autre ne collabore pas
Je sais que l'estime de soi et l'autonomie augmentent grâce a une "confrontation" avec ceux qui ont de l'importance pour nous. Mais qu'advient il si ces personnes nous répondent d’une façon qui nous donne une mauvaise image de nous-mêmes? Comment ne pas se sentir dans l'insécurité et le doute lorsque ces personnes dont l'avis compte plus que tout, remuent le couteau dans la plaie sur des sujets qui nous font déjà souffrir au départ et pour lesquels nous recherchons leur aide pour nous en sortir?
Réponse
Comme le souligne cette question, l’acquisition de notre autonomie se fait à travers une affirmation ouverte de ce que nous sommes. Et pour qu’elle soit un succès, nous devons réussir cette affirmation de nous-même devant les personnes à qui nous reconnaissons un pouvoir sur notre identité et notre valeur. Plusieurs articles du site redpsy.com élaborent déjà sur ce point.
Il est tentant, dans ces conditions, d’attribuer une importance primordiale à la réaction de la personne auprès de qui nous faisons cette expression affirmative. Après tout, nous sommes dans une relation de dépendance avec elle; c’est ce qui lui confère son pouvoir sur notre valeur et notre estime de nous-même. Il semble tout à fait naturel de croire que le résultat obtenu dépende directement de la “confirmation” reçue de cette personne. Nous pensons volontiers que si elle approuve et supporte notre affirmation, alors notre effort sera couronné de succès, mais que si, par malheur, elle la conteste ou l’ignore, alors nous serons dans une impasse. Pire! Tout sera à recommencer, avec la difficulté supplémentaire qu’ajoutera le souvenir de cet échec.
C’est ce que nous croyons, mais la réalité est bien différente. En fait, c’est notre dépendance qui nous pousse à croire que la réponse de l’autre est déterminante. Comme nous lui accordons le pouvoir de juger et de déterminer notre valeur, nous avons tendance à nous soumettre automatiquement à son jugement. En réagissant ainsi, nous confirmons et renforçons notre dépendance envers cette personne.
Cette réaction est tout à fait normale chez un enfant qui est en situation de dépendance réelle. Il n’a pas tout à fait le choix d’agir d’une façon qui contredise les exigences de son parent et il a vraiment besoin de leur opinion pour former son identité.
Mais quand il s’agit d’un adulte, cette dépendance n’est plus une contrainte réelle; elle n’est qu’une attitude reflétant les difficultés de son histoire personnelle et signalant quels défis de son développement n’ont pas encore été relevés avec succès. La conquête de l’autonomie est un de ces défis fondamentaux pour toutes les espèces animales, mais plus particulièrement pour les humains.
On peut affirmer que ce sont les obstacles à notre libre affirmation qui sont les ingrédients les plus favorables à l’acquisition d’une véritable autonomie. Au moment où nous sommes prêts à gagner notre droit à une existence comme un être distinct, nous avons besoin de surmonter une difficulté. Il faut que notre affirmation constitue un risque réel. Autrement, nous ne gagnerions rien et tout resterait à faire.
Si les personnes importantes à qui nous reconnaissons un pouvoir sur notre identité nous présentent des obstacles réels, une résistance pertinente, alors elles nous fournissent les conditions les plus favorables au succès dans notre tâche de développement. Mais si, au contraire, elles aplanissent les difficultés et nous facilitent la tâche en éliminant artificiellement les obstacles, elles nous empêchent d’acquérir la liberté et l’autonomie. Elles nous maintiennent alors dans la dépendance (peu importe les motifs qui les animent).
L’acquisition de l’autonomie est toujours une tâche complexe. Elle exige de reconnaître en nous deux forces contraires: le besoin d’être différent et le besoin d’être aimé. Ces deux forces sont présentes en même temps et s’adressent au même interlocuteur.
Dans cet effort nécessairement paradoxal, nous sommes toujours tentés de privilégier un pôle ou l’autre: insister sur notre dépendance en espérant un support artificiel ou insister sur notre différence en reniant notre désir de conserver l’amour de l’autre. Mais c’est seulement lorsque nous réussissons à faire cohabiter harmonieusement ces deux forces, dans notre expression comme dans notre vécu, que nous parvenons à élargir notre zone réelle de liberté.
Si les personnes importantes nous rappellent nos difficultés que nous connaissons déjà et que nous tentions de nier, elles contribuent au succès de notre démarche car elles nous forcent, par leur attitude, à affirmer ce que nous sommes vraiment, avec les difficultés et les contradictions que cela comporte. Si elles coopéraient à notre déni, elles nous aideraient à nous tromper et à nous priver des indices intérieurs dont nous avons besoin pour nous guider vers une réelle estime de nous-même.
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