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(2)Les ingrédients d'une saine compétition Par Jean Garneau , psychologue Cet article est tiré du magazine électronique " La lettre du psy" Volume 5, No 1: Janvier 2001 | Avant d'imprimer ce document | Mise en garde | Autres articles | Résumé de l'article Ceci est le deuxième article d'une série sur la compétition saine et malsaine. Il est nécessaire d'avoir lu le précédent (1) Les moteurs de la compétition pour bien comprendre les implications de celui-ci. Dans cet article, nous avons vu que la compétition est l'expression directe de la tendance actualisante. Nous avons distingué les formesqu'elle prend et les fonctions qu'elle joue selon les situations. Le deuxième définit les ingrédients qui se retrouvent dans toute compétition saine 1) l'estime de l'adversaire, 2) une recherche d'excellence et 3) une acceptation de la liberté. Ceci aidera ensuite à mieux comprendre comment les formes malsaines de compétition sont en fait des évitements qui s'opposent à des caractéristiques de la vie elle-même. Table des matières
B. Les ingrédients essentiels de la saine compétition Vos questions liées à cet article et nos réponses ! |
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A. Un rappel sommaire Dans le premier article de cette série, nous avons vu que la compétition est l'expression directe de la tendance actualisante. Nous avons distingué ses formes et ses fonctions selon les situations. Voici un tableau qui en rappelle les éléments essentiels.
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B. Les ingrédients essentiels de la saine compétition Nous allons maintenant examiner les ingrédients qu'on peut retrouver dans toute compétition saine. Ceci nous aidera ensuite à mieux comprendre comment les formes malsaines de compétition sont, en réalité, des évitements qui s'opposent à des caractéristiques de la vie elle- même. 1. Estime Toute compétition saine suppose une forme d'estime de l'adversaire. Celle ci peut prendre diverses couleurs, mais elle est toujours présente pour la personne qui entre en compétition. Si un seul des protagonistes est en compétition, l'estime et les autres ingrédients peuvent n'exister que chez celui-ci. Cette estime prend une qualité différente selon le type de compétition. Voyons plus précisément le rôle de l'estime dans les trois formes de compétition que nous avons distinguées auparavant.
C'est plus précisément la comparaison entre mes qualités et les siennes qui permet l'émulation. Si son habileté est trop supérieure ou inférieure à la mienne, l'émulation est impossible et je perds l'intérêt pour cette forme de relation. C'est l'égalité relative des ressources qui fait que mon adversaire devient vraiment un partenaire au contact duquel j'espère donner le meilleur de moi-même et dépasser mon niveau habituel de performance en atteignant un nouveau seuil d'excellence.
Cette inégalité n'est pas nécessairement générale. Chez les adultes, elle s'applique habituellement à une ou quelques dimensions. Mais chez les enfants, l'identification est plus globale. Par exemple, je peux admirer la performance de l'athlète en tournoi et vouloir l'imiter, sans apprécier pour autant sa personnalité ou son comportement en société. J'admire les connaissances ou les habiletés de mon collègue tout en contestant son mode de vie ou son caractère. Mais pour l'enfant qui s'identifie à son parent, ces distinctions sont le plus souvent superflues; la plupart du temps, c'est de façon très globale qu'il admire son parent et c'est dans tous les domaines qu'il cherche à l'imiter.
C'est pourquoi, dans la compétition-combat, l'estime prend le plus souvent la forme de la crainte. Si celle-ci est absente, c'est parce que les forces nous semblent trop inégales et que la compétition nous apparaît superflue. Le père qui lutte avec son enfant n'est pas en compétition. Il fournit simplement l'occasion à son fils de livrer sans risque une bataille dont l'enjeu principal n'est pas la victoire. Dans le cas où on se croit nettement inférieur, la crainte prend une plus grande place et nous suggère une fuite salutaire devant la défaite inéluctable. Sans la crainte qui en est le coeur, cette estime pourrait être assimilée à celle qu'on trouve dans l'identification: une estime où on considère l'autre comme nettement supérieur. Cette ressemblance entre la crainte et l'identification se manifeste souvent très clairement dans certaines situations de prise d'otage ou de relation abusive. La vulnérabilité de la victime, la disproportion considérable entre ses capacités et le pouvoir de son agresseur, la conduit souvent à s'identifier à son agresseur. Elle peut tenter d'établir un lien privilégié avec lui ou adopter certaines de ses idées tout comme elle peut imiter son comportement. En somme, dans les trois formes de compétition, l'estime de l'autre est une dimension cruciale qui détermine la nature de la relation. C'est la comparaison entre les forces des deux participants qui définit les genres de compétition possibles. 2. Recherche d'excellence Dans toutes les situations de saine compétition, la recherche de l'excellence est un objectif essentiel. Toujours, la personne en compétition cherche à donner le meilleur d'elle-même. Cet effort prend cependant une teinte différente selon le type de situation.
Les deux collègues qui discutent avec vigueur ne sont vraiment satisfaits que si cet échange a donné lieu à de nouvelles idées issues du choc entre leurs visions respectives. Les deux adversaires ne sortent vraiment heureux de leur match de tennis hebdomadaire que si la lutte a été chaude et que la victoire s'est décidée sur un coup particulièrement brillant.
Lorsque la personne qui sert de modèle accepte bien cette recherche d'excellence et le rôle qu'elle y joue, elle peut contribuer à ce que l'élève soit capable de la dépasser. Ceci suppose une sécurité personnelle qui, heureusement, est assez fréquente chez les personnes dont l'excellence justifie une telle relation d'identification. Mais si le modèle n'a pas cette assurance, il est menacé lorsque son élève ou son enfant commence à innover. Son attitude peu réceptive crée alors des obstacles plus ou moins subtils qui condamnent la relation à une rupture dans un conflit pénible. Dans ce cas, la recherche d'excellence doit passer par un éloignement prolongé entre le maître et l'élève.
Et cette victoire implique la défaite de l'adversaire. C'est une caractéristique essentielle de la compétition-combat, celle qui est la plus menaçante et celle qui provoque les évitements les plus acharnés. En effet, il faut être prêt à subir la défaite pour accepter de se mesurer ainsi à un adversaire pour lequel on a de l'estime. Et tout adversaire de qualité mérite notre respect (au moins sous forme de crainte), même si ses intérêts sont en contradiction avec les nôtres. Il faut accepter la possibilité d'une défaite, même si ce consentement est en contradiction (au moins apparente) avec la recherche d'excellence. Dans certains cas, il est facile de concilier la recherche d'excellence avec le risque réel de la défaite qui fait partie d'une situation de combat. Il suffit pour cela que l'enjeu soit assez léger, comme c'est le cas dans une compétition sportive pour le plaisir ou lorsque l'enjeu réel est le progrès et non la victoire (participer pour apprendre, par exemple). Mais lorsque l'enjeu est critique, la défaite doit être évitée si possible. Si les forces sont trop inégales en faveur de notre adversaire, la recherche d'excellence nous indique alors la fuite comme solution la plus appropriée. Mais si les forces sont en équilibre, le risque de la défaite devient un facteur supplémentaire pour renforcer notre motivation et faciliter notre mobilisation plus complète. 3. Liberté et responsabilité Toute compétition saine repose aussi sur l'acceptation de notre liberté et de la responsabilité qui en découle. Elle suppose en effet que nos actions ont des conséquences réelles, c'est à dire que nous pouvons réellement changer les résultats de la compétition grâce à nos décisions et aux actes qui les concrétisent. Le fait de s'impliquer dans une compétition n'aurait aucun sens pour la personne qui croirait que ses actions sont sans effets sur les résultats. Cette responsabilité est au coeur de la recherche d'excellence que comporte toute compétition saine. Elle inclut les notions de mérite, de conséquence et de résultat. Elle nous invite à nous mobiliser pour bien choisir nos actions en nous informant sur la situation et sur les liens entre nos actions et leurs résultats. C'est encore la recherche d'excellence ou de succès qui nous oblige à reconnaître lucidement les liens entre les résultats obtenus et les choix que nous avons faits, ainsi que la façon dont nous avons traduit ces choix en actions. La compétition saine repose donc sur une auto-évaluation lucide. C'est elle qui permet d'ajuster continuellement notre action pour parvenir à une adaptation supérieure qui, éventuellement, conduira au succès. Et pour être responsable du succès, il faut aussi assumer la responsabilité de la défaite et de l'échec, admettre qu'on est capable de faire non seulement des choix judicieux, mais également des erreurs. Comme nous le verrons dans le prochain article, cet aspect est un des plus importants pour comprendre les formes malsaines de compétition. La peur de l'échec et surtout la peur d'avoir à en assumer la responsabilité sont à l'origine d'un grand nombre de déviations et d'évitements de la compétition. Elles conduisent par exemple à des compétitions mesquines qui se dissimulent derrière des sourires, à des tactiques où l'adversaire est amené à se mobiliser pour nous protéger, à des stratégies où le blâme et la culpabilité sont les armes principales, etc. |
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C. Les ingrédients secondaires La compétition est un phénomène de relation. La réciprocité et la complémentarité sont deux qualités nécessaires à l'équilibre d'une relation interpersonnelle. Il est donc normal de nous interroger sur la place qui leur revient dans la définition d'une saine compétition. 1. Réciprocité et compétition La réciprocité suppose que les deux personnes à la fois "trouvent leur compte" dans la relation. Elle exige en plus que l'importance de la satisfaction obtenue soit comparable pour les deux. À ce titre, elle fait partie des ingrédients généraux d'une relation saine car elle permet à la relation de favoriser le développement et la satisfaction des deux partenaires à la fois. (Voir à ce sujet "Une théorie du vivant".) Pourtant, il est facile d'identifier des formes de compétition où la réciprocité est très limitée, voire absente. C'est le cas en particulier de la plupart des relations de compétition-identification. Par exemple, lorsque l'enfant s'efforce d'imiter son parent dans l'espoir d'acquérir des capacités semblables aux siennes, la réciproque n'est pas vraie. Le parent peut trouver une satisfaction personnelle dans ce lien qui sert au développement de son enfant, mais son investissement est d'une nature vraiment différente. Il est clair aussi que la réciprocité est inexistante dans le cas où le jeune s'identifie à un athlète ou à une vedette de la télé. La relation est à sens unique sans que cela nuise à sa valeur pour celui qui s'identifie. Les enjeux pour celui qui sert de modèle sont tout à fait différents. Mais s'il s'agit plutôt d'une compétition-émulation, la réciprocité est au coeur de la relation. C'est parce que les deux partenaires s'investissent de façon semblable et à un niveau comparable que la relation peut donner ses fruits caractéristiques. L'émulation suppose cette égalité relative des forces et de l'investissement. Par contre, dans la compétition-combat, il n'est pas nécessaire que les protagonistes aient un attachement à la relation elle-même ou à la personne de l'adversaire. C'est la relation de chacun avec le bien pour lequel ils se battent qui crée le lien entre eux. La réciprocité est alors sans importance réelle; elle n'est pas nécessaire pour que cette compétition soit saine. Par exemple, si deux garçons veulent gagner l'amour de la même fille, le lien entre eux est accidentel et aucun des deux n'accorde d'importance au fait que son rival trouve également le moyen d'être satisfait. C'est seulement une amitié antérieure entre les deux garçons qui justifierait ce désir de réciprocité. 2. Complémentarité et compétition Dans certains cas, une relation qui n'est pas réciproque peut quand-même être saine. Mais la plupart du temps, elle ne pourra alors être satisfaisante et saine que grâce à la complémentarité entre les besoins ou les rôles de chacun. C'est le cas, par exemple, dans la compétition-imitation. Les besoins des deux partenaires sont le plus souvent très différents, mais ils se complètent bien. Le besoin de grandir de l'enfant nécessite l'accès à un modèle adéquat. Il est important également que l'identité de la personne qui sert de modèle ne dépende pas directement de cette identification. Mais en même temps le parent désire, pour sa propre satisfaction personnelle, que son enfant se développe harmonieusement. C'est ce qui lui permet d'accepter facilement de contribuer à cette imitation et de tolérer la présence assidue de l'enfant qui cherche à l'imiter. La complémentarité remplace ici la réciprocité dans la définition des dimensions de la compétition saine. Les besoins sont différents, mais chacun peut y trouver une réponse adéquate sans que l'autre ne doive contribuer activement à sa satisfaction. Mais c'est l'inverse qu'on peut voir dans la compétition-émulation. La réciprocité est l'aspect qui permet normalement de maintenir l'équilibre de la relation. Les deux partenaires ont en effet des buts semblables et c'est cette ressemblance qui renforce le lien. Et dans la compétition-combat, le lien entre les adversaires découle d'une complémentarité non volontaire. Comme il s'agit d'une situation où les deux cherchent à obtenir le même bien, ils sont complémentaires du point de vue des résultats qu'ils obtiendront éventuellement. L'un des deux obtiendra ce que les deux voulaient et, par conséquent, l'autre ne l'aura pas. C'est la complémentarité radicale entre le gagnant et le perdant. Cette complémentarité dans les résultats est simplement factuelle; elle ne crée aucun lien entre les deux adversaires et elle ne peut contribuer à l'établissement d'une relation saine. Mais elle peut très facilement contribuer au développement d'un lien malsain si elle est refusée par l'un ou l'autre. Nous étudierons ce modèle très fréquent dans le prochain article de cette série. |
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D. En résumé Dans la plupart des situations, nous pouvons reconnaître la saine compétition à la présence de ses ingrédients essentiels. Nous pouvons généralement considérer que notre compétition est de bonne qualité si les trois caractéristiques suivantes s'y retrouvent: - notre relation avec l'adversaire comporte une estime réelle que nous laissons voir ouvertement, - la relation nous amène à nous mobiliser pour atteindre un niveau de performance ou d'excellence qui dépasse notre moyenne, - nous considérons vraiment que ce sont nos choix et nos actes qui comptent le plus pour réussir. La réciprocité et la complémentarité ne sont pas vraiment nécessaires. Cependant, on retrouve l'un ou l'autre dans la plupart des saines relations de compétition. Voici un tableau-synthèse qui peut aider à retenir les points les plus importants de cet article sur les ingrédients essentiels d'une saine compétition. Il indique comment ces ingrédients se manifestent pour chacun des trois types de compétition que nous distinguons.
Je vous invite maintenant à tenter d'appliquer cette vision à vos relations réelles avant de lire la troisième partie de cette série. Ceci devrait vous préparer à mieux profiter de cette analyse. Voici une façon de procéder qui pourrait être productive. Premièrement, identifier au moins deux relations de votre vie courante qui comportent au moins une dimension compétitive. Si possible, je vous suggère de choisir une relation dans votre univers professionnel (travail ou études) et une autre dans l'univers plus intime (relation amoureuse ou amicale). Deuxièmement, examiner chacune de ces relations à l'aide du résumé ci- dessus. Il s'agit de déceler la façon dont les dimensions d'une saine compétition s'y manifestent (clairement ou non). (Au besoin, vous pouvez consulter le tableau-synthèse de l'article précédent). Ceci devrait stimuler votre réflexion en attendant le prochain article. Jean Garneau, psychologue Janvier 2001
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